
Le Portugal a choisi Lufthansa comme partenaire pour la privatisation de TAP Air Portugal. Le groupe allemand, maison mère notamment de Brussels Airlines, déboursera dans un premier temps environ 1,2 milliard d’euros pour acquérir 44,9 % des actions et prendra en charge la gestion opérationnelle de la compagnie.
Le Premier ministre Luís Montenegro a annoncé ce choix mercredi, à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire. L’offre de Lufthansa dépassait celle d’Air France-KLM de 163 millions d’euros, soit 16 %. Le groupe franco-néerlandais avait proposé environ 1,04 milliard d’euros. Lufthansa paiera par ailleurs entièrement en espèces, tandis qu’Air France-KLM souhaitait régler une partie du montant avec ses propres actions.
L’État portugais conservera 50,1 % du capital et cinq des neuf sièges au conseil d’administration, dont celui du président. Jusqu’à 5 % des actions seront réservées au personnel. Lufthansa pourra éventuellement acquérir les parts restantes.
« Le gouvernement achève ainsi avec succès la première phase de la privatisation de notre compagnie aérienne », a déclaré Montenegro. Carsten Spohr, CEO de Lufthansa, décrit TAP comme « une compagnie aérienne solide et rentable, notre partenaire de longue date au sein de Star Alliance ». Cela n’empêche pas TAP d’avoir enregistré une perte nette de 99,2 millions d’euros au premier semestre, notamment en raison de la hausse des prix du carburant.
Lisbonne, porte d’entrée vers le Brésil
Ce qui intéresse surtout Lufthansa, c’est le marché de l’Atlantique Sud. Lisbonne deviendra le hub pour l’Europe du Sud et une plateforme de correspondance vers le Brésil et les pays lusophones. Une deuxième base sera installée à Porto, avec huit appareils long-courriers. La flotte devrait atteindre 117 avions d’ici 2035, puis 130 par la suite. La marque TAP et son siège social resteront portugais.
TAP restera également membre de Star Alliance et de la joint-venture transatlantique avec United et Air Canada. Si Air France-KLM avait remporté la mise, la compagnie aurait dû rejoindre SkyTeam.
L’accord n’est toutefois pas encore définitif. Les contrats doivent encore être signés et la Commission européenne ainsi que l’autorité portugaise de l’aviation civile doivent donner leur feu vert. Le gouvernement prévoit un délai de 18 à 24 mois, ce qui repousserait la finalisation de l’opération à 2028. Dans une deuxième phase, Lufthansa pourrait prendre une participation majoritaire : le groupe propose pour cela 1,35 milliard d’euros supplémentaires, en partie sous forme de ses propres actions. Ce scénario rappelle celui d’ITA Airways, dont Lufthansa a acquis 41 % du capital et souhaite désormais porter sa participation à 90 %.
Pour Air France-KLM, il s’agit d’une occasion manquée de renforcer sa présence en Europe du Sud, après avoir déjà pris une participation dans SAS. À Bruxelles, cette annonce pourrait également avoir des conséquences : Brussels Airlines, filiale du groupe Lufthansa, et TAP assurent toutes deux des vols directs entre Bruxelles et Lisbonne, représentant ensemble environ 25 vols par semaine. Les deux compagnies collaborent déjà depuis 2009 dans le cadre d’un accord de partage de codes sur les liaisons vers Lisbonne, Porto et Faro.

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