
Suite à l’escalade du conflit au Moyen-Orient, TravMagazine a interrogé plusieurs tour-opérateurs belges sur la manière dont ils gèrent la situation et sur l’impact possible sur les réservations.
« Impact temporaire »
Paul Ryckaseys d’Imagine Travel s’attend à ce que l’impact des tensions au Moyen-Orient reste temporaire, même s’il craint que la période des vacances de Pâques soit plus compliquée. Il reste toutefois convaincu que l’envie de voyager ne disparaîtra pas. « Les gens continueront à voyager, mais ils adapteront leur destination. Aujourd’hui, nous voyons surtout des réservations vers l’Europe et, dans une moindre mesure, vers l’Afrique. »
Parallèlement, la situation a aussi un impact clair sur le fonctionnement quotidien. Les voyages doivent être adaptés, des itinéraires alternatifs recherchés… « La réalité est que cela entraîne beaucoup de travail et de coûts supplémentaires. Il arrive que l’on paie plus de 2.000 euros pour rapatrier des clients depuis l’Asie. Et pour les clients qui souhaitent tout de même partir vers l’Asie, nous devons trouver de nouveaux itinéraires. »
Selon Ryckaseys, les tour-opérateurs se retrouvent souvent dans un exercice d’équilibre délicat. « C’est parfois choisir entre la peste et le choléra. Annuler signifie souvent aussi des coûts supplémentaires sur place. Mais partir avec des itinéraires adaptés n’est pas simple non plus. » Il espère donc la compréhension des voyageurs et des agents de voyage lorsqu’il faut proposer des alternatives.
« La grande question est de savoir combien de temps cette situation va durer »
« Notre principale préoccupation pour le moment est de rapatrier les clients qui se trouvent à l’étranger et d’adapter les voyages si nécessaire. Cela demande énormément de travail », explique Benoit Dieu de BT Tours.
Selon lui, l’incertitude liée au conflit au Moyen-Orient a un effet frein sur le marché, avec un possible ralentissement général des réservations. « Je pense que nous pourrions voir une baisse globale des ventes, toutes destinations confondues. »
« Le secteur du tourisme est très résilient. Les clients comme les professionnels s’adaptent. Mais la grande question est de savoir combien de temps cette situation va durer. C’est cela qui déterminera l’ampleur réelle de l’impact. »
« L’impact dépasse le Moyen-Orient »
Selon Lieven Bossaert de Travelworld, l’impact du conflit va au-delà des seules destinations du Moyen-Orient. Le fait que plusieurs grandes compagnies aériennes du Golfe jouent un rôle essentiel de hub pour les voyages lointains rend la situation plus complexe. « Plusieurs compagnies majeures – qui relient aussi le reste du monde – se trouvent dans cette région. Même si l’espace aérien rouvre complètement, nous constatons que certains clients préfèrent ne plus passer par le Moyen-Orient. »
Travelworld observe également un impact sur le prix des billets d’avion, certaines routes étant moins disponibles. « Nous voyons les prix de certains billets fortement augmenter. Un vol qui coûtait encore environ 700 euros il y a une semaine se situe parfois aujourd’hui à 1.500 ou 1.600 euros. Cela ne facilite évidemment pas les choses. »
« Notre première priorité concerne les clients sur place et les départs dans les semaines à venir, avec les vacances de Pâques en vue », explique Bossaert. « Entre-temps, nous espérons surtout une désescalade rapide du conflit. »
« Continuer à regarder vers l’avenir »
Hedy Hafsia d’Escape by Your Travel indique qu’il est encore trop tôt pour estimer précisément l’impact du conflit à long terme, mais il pense que les voyageurs s’adapteront à nouveau aux circonstances. « La manière de voyager va probablement encore évoluer. De nouvelles habitudes de voyage vont apparaître, comme nous l’avons déjà vu par le passé. »
Il souligne également que le secteur doit continuer à regarder vers l’avenir. « Nous devons aussi essayer d’apporter un peu d’espoir et de perspective. C’est aussi notre rôle en tant que professionnels du voyage : continuer à inspirer les gens et montrer que voyager reste possible, même lorsque le contexte devient plus difficile. »
« Trop tôt pour estimer l’impact sur le reste de l’année »
« Pour le Sri Lanka et les Maldives, il est actuellement le plus difficile de trouver des vols », explique Bruno De Lathauwer de Live To Travel. « Dans notre cas, nous avons déjà dû annuler des groupes, tandis que certains clients individuels peuvent parfois encore partir. En tant que spécialiste de l’Océanie, nous ressentons aussi l’impact sur les voyages vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pour lesquels nous devons maintenant chercher des solutions alternatives. »
Pour les destinations en Afrique, il semble pour l’instant exister davantage d’alternatives, même si cela s’accompagne souvent de coûts plus élevés. « Pour l’Afrique australe et orientale, nous trouvons généralement encore des solutions, mais presque toujours avec un surcoût important. Cela va sans aucun doute entamer une partie de notre marge. »
De Lathauwer constate également que la demande vers le Moyen-Orient lui-même s’arrête logiquement, précisément au moment où son organisation voulait renforcer sa présence dans cette région. « Nous venions de lancer plusieurs destinations au Moyen-Orient, comme le Qatar, Dubaï, Oman et la Jordanie, et nous étions en train de préparer de nouvelles brochures. »
« Nous ne sommes qu’une semaine après le début du conflit. Il est vraiment trop tôt pour dire quel sera l’impact sur le reste de l’année », conclut De Lathauwer.
Malgré l’incertitude, les chiffres de vente restent pour l’instant positifs. « Jusqu’à aujourd’hui, Live To Travel a encore environ deux semaines d’avance sur l’an dernier dans ses ventes. 2025 a déjà été notre meilleure année. Reste à voir si nous pourrons conserver cette avance dans les mois à venir. »

Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.