
Dans la nuit du 2 au 3 janvier, le président vénézuélien Nicolás Maduro a été illégalement arrêté par les États-Unis dans la capitale Caracas. Le secteur du voyage a également ressenti l’impact de cet événement. L’espace aérien au-dessus de la région des Caraïbes a été temporairement fermé, obligeant notamment KLM, Corendon et TUI fly à suspendre leurs vols au départ de Schiphol. C’est entre autres pour cette raison que les collègues néerlandais de TravMagazine ont échangé lors d’un podcast avec Hilda Gonzalez d’Avila Reizen, née et élevée au Venezuela.
Grâce à ses origines et aux activités d’Avila Reizen dans le pays latino-américain, elle dispose encore de nombreux contacts sur place. L’entretien a permis de sonder l’ambiance qui règne actuellement parmi la population vénézuélienne depuis la chute de Maduro. Selon Gonzalez, un double sentiment prédomine. D’un côté, la joie est immense face à la fin de la dictature ; de l’autre, la population demeure tendue et dans l’attente, face à l’incertitude des prochaines étapes.

Ce même sentiment partagé se retrouve aussi parmi les 150 enfants qu’elle héberge et soutient à travers la fondation Avila Foundation, dans « Casablanca » et « Casagrande ». Les activités y reprennent peu à peu, mais tout le monde n’ose pas encore sortir, explique-t-elle. L’incertitude concernant la disponibilité de la nourriture et de l’énergie – notamment pour l’éclairage et l’accès à internet – pèse lourdement. Gonzalez souligne toutefois que les Vénézuéliens se réjouissent surtout de la chute de la dictature, tout en nuançant que de nombreuses figures influentes du régime Maduro sont toujours présentes dans le pays. « Le problème est donc loin d’être résolu. C’est peut-être une première étape vers la liberté. »
Lorsqu’elle revient, à la demande de la rédaction, sur sa vie au Venezuela sous Hugo Chávez, le prédécesseur de Maduro, elle dresse un tableau peu reluisant du pays. « Quand j’y vivais, il n’y avait pas de liberté d’expression. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer. L’économie s’est effondrée, la pauvreté est extrême et il y a de nombreux prisonniers politiques. C’est douloureux, car le Venezuela est un pays magnifique. S’il redevient libre et sûr d’ici cinq ans, il pourrait être l’une des plus belles destinations d’Amérique latine. Mais aujourd’hui, à cause de la corruption politique, c’est malheureusement un désastre. »
Changement de régime
Savoir si le Venezuela sera à nouveau libre et facilement accessible dans cinq ans relève encore de la spéculation. Beaucoup dépendra du rôle que joueront les intérêts du président américain Donald Trump et de son gouvernement – notamment dans les immenses réserves pétrolières du pays – dans la transition du pouvoir. Gonzalez reste prudente quant à savoir si le nouveau régime sera nécessairement plus orienté vers l’Occident.
« Il m’est difficile de donner une réponse définitive, car je ne sais pas exactement quels sont les intérêts de Trump. Ce que je sais, c’est que la population a élu l’an dernier un président, Edmundo González. Il appartient au mouvement de María Corina Machado, la lauréate du prix Nobel. C’est lui, ou son parti, qui devrait gouverner le pays, mais cela n’est pas possible pour le moment », explique-t-elle.
« Il faut d’abord une transition interne. Actuellement, ces dirigeants se trouvent à l’étranger, car ils craignent pour leur vie. S’ils rentrent, ils seront assassinés. Une période de transition est donc nécessaire pour que disparaissent les criminels, trafiquants de drogue et militaires qui soutiennent le régime, afin que le président élu puisse revenir. Mon souhait est que la démocratie revienne et que le président élu puisse réellement exercer le pouvoir. »
Conseils de voyage et potentiel touristique
En tant que professionnelle du voyage, Gonzalez s’attend à ce que la situation n’ait qu’un impact limité sur les réservations vers la région des Caraïbes – y compris les îles ABC – à condition que les interventions américaines ne s’étendent pas au pays voisin, la Colombie, dont Trump a déjà évoqué la possibilité. Son principal conseil est de ne pas céder à la panique.
« Dans la situation actuelle, il suffit simplement de ne pas s’y rendre et d’attendre un peu. Nous avions des clients encore présents dans les Caraïbes ; ils sont rentrés en toute sécurité, sans se sentir en danger. Nous avons également des clients en Colombie et à Curaçao qui voyagent encore hier et aujourd’hui. Dans ces pays, en dehors du Venezuela, il n’y a aucun problème ni sentiment d’insécurité. »
Enfin, elle nourrit non seulement l’espoir du retour de la démocratie, mais aussi celui de voir le pays s’ouvrir à nouveau au tourisme international. « C’est l’espoir de tous », insiste-t-elle. Selon elle, le Venezuela est l’un des plus beaux pays d’Amérique latine. « Nous avons la plus haute cascade du monde, l’Angel Falls. Nous avons de magnifiques plages caribéennes et des déserts splendides. C’est un pays magnifique. J’ai hâte d’y guider à nouveau un voyage un jour. »

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