
Pendant le week-end dernier, nous avons pris contact avec un fin connaisseur du secteur du voyage, quelqu’un qui a déjà vécu de près plusieurs « guerres du Golfe » et qui n’hésite pas, même à ce stade précoce, à tirer des conclusions tranchées sur ce que cette nouvelle escalade au Moyen-Orient signifiera pour notre secteur.
Une guerre bilatérale a éclaté au début du week-end et — détail non négligeable — en plein milieu du Ramadan. Israël et les États-Unis – une alliance militaire temporaire plutôt étrange au vu de l’histoire récente – ont fait pleuvoir les bombes sur l’Iran, un pays qui, il n’y a pas si longtemps, avait déjà été bombardé par les Américains afin de « ramener à zéro » sa capacité de développer une bombe nucléaire.
Détail piquant : les négociations diplomatiques ont dû être rompues très brutalement, car jusqu’à vendredi encore, des voix s’élevaient dans la salle des négociations pour dire que « des progrès étaient réalisés ». Deuxième fait marquant : en un rien de temps, l’Iran a riposté sur presque tout le Moyen-Orient, visant Israël et les bases militaires américaines.
Conclusion, ce dimanche après-midi : le Moyen-Orient est en feu comme rarement auparavant.
Et pourtant, nous en avons déjà vu des crises dans cette région ; sur le plan géopolitique, il y a toujours quelque chose qui couve. Récemment encore : pensez à Gaza, à l’attaque du Pakistan contre Kaboul juste avant le début de la crise iranienne.
Regardons aussi un peu plus loin dans le passé — tout en nous concentrant sur le tourisme, car c’est tout de même notre métier.
Au cours des quarante à cinquante dernières années, trois événements ont reçu l’étiquette de « guerre du Golfe ».
En 1980, l’Irak et l’Iran se sont affrontés. Ce fut surtout une période économiquement incertaine (le pétrole !), mais le tourisme de l’époque a tenu bon. La crise économique a pesé plus lourd sur le secteur du voyage que la peur.
La deuxième fois, les dégâts furent bien plus importants : l’Irak a envahi le Koweït fin 1990, et les États-Unis ont estimé devoir intervenir, avec une coalition occidentale dite « des volontaires ». Le conflit n’a pas duré très longtemps, mais le chiffre d’affaires du tourisme mondial s’est effondré : moins 30 %, et la haute saison 1991 est arrivée trop tard pour de nombreuses entreprises du secteur.
La troisième fois que l’industrie du voyage a perdu sa stabilité et son chiffre d’affaires à cause du Moyen-Orient, ce fut après les attentats du 11 septembre 2001. Les Américains n’ont pas réagi immédiatement, mais ces attentats ont servi de prétexte à une vaste offensive terrestre, notamment en Irak, qui allait durer des années. Fait notable : les Belges et d’autres Européens ont continué à voyager durant cette période — sauf pendant les six mois de l’invasion proprement dite. Ce furent des années difficiles, certes, mais dès que la fin de l’intervention américaine s’est profilée, une forte saison de réservations de dernière minute a démarré en 2003, suivie d’une très bonne année 2004.
La grande question aujourd’hui, en ce 1er mars 2026, est la suivante : que signifient les événements du week-end passé pour l’évolution des réservations dans les prochains mois, pour la saison d’été à venir et pour la solidité des résultats du secteur du voyage au cours des dix prochains mois ?
Nous savons que de nombreux professionnels du tourisme se posent cette question. La réponse la plus facile serait : « il est encore trop tôt pour faire des prévisions ».
Des balivernes. C’est de la lâcheté. Voici donc la prévision sur les conséquences de cette nouvelle situation de guerre au Moyen-Orient.
Première prévision : la situation actuelle — tapis de bombes sur toute la région du Golfe, victimes militaires et civiles dans tous les camps, médias à court terme relatant les faits du terrain, et analystes essayant d’expliquer et de prévoir — devrait durer encore environ une semaine. Pendant cette période, les voyages à destination ou en provenance de la région concernée seront évidemment quasi impossibles. Les espaces aériens resteront fermés, les vols annulés, de nombreux voyageurs bloqués devront s’armer de patience. Les réservations vers d’autres destinations dans le monde seront légèrement freinées, mais les gens continueront à planifier leurs vacances. Le volume des réservations sera un peu en retrait pendant quelques jours, mais ce ne sera qu’un report : ceux qui ont des projets partent du principe qu’ils voyageront cette année.
Deuxième prévision : les réservations retrouveront leur rythme normal après quelques jours. N’oublions pas la tendance de ces dernières années : la saison des réservations anticipées étant passée, le réflexe de « réserver pour partir rapidement » reprend le dessus. Si, dans les semaines à venir, vous constatez une légère baisse, ne vous résignez pas à l’idée d’un « effet Golfe ». L’effet Golfe, c’était hier, ce sera demain et après-demain, mais il disparaîtra très vite.
Il n’existe pas de consommateur plus cynique et à la mémoire plus courte que celui de 2026.
Troisième conclusion : Keep Calm and Carry On. Cette vague de bombardements ne se transformera pas en guerre terrestre. Le président des États-Unis n’osera pas, et le Premier ministre israélien n’en a pas les moyens.
Ce sera pour le secteur du voyage la quatrième guerre du Golfe, et ses conséquences seront négligeables à Noël (notre Ramadan, en quelque sorte).

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