
À la suite de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, nous avons pris le pouls des tour-opérateurs belges sur la situation actuelle. Un peu plus d’une semaine après les faits, la première tempête est quelque peu retombée et l’incertitude initiale laisse place à une gestion opérationnelle plus déterminée. Ce qui ressort surtout des échanges : les tour-opérateurs refusent de céder à une dramatisation excessive. Avec sang-froid, ils cherchent des solutions, communiquent et trouvent des alternatives pour les voyageurs.
Silverjet Belgium : flexible envers l’agent de voyage et le client
Wim David de Silverjet explique que la priorité immédiate de la semaine passée était de ramener chez eux les voyageurs bloqués, en toute sécurité et de manière efficace. La fermeture de l’espace aérien a entraîné des retards, notamment pour les voyageurs à Dubaï et Abu Dhabi. Maintenant que des compagnies aériennes comme Emirates reprennent progressivement leurs opérations, la situation commence à se débloquer. Le rapatriement depuis des destinations plus lointaines reste toutefois un défi. « L’Extrême-Orient, la Thaïlande et Maurice ont pu être résolus via d’autres compagnies aériennes », explique Wim David. « La destination la plus compliquée actuellement est les Maldives, car il y a moins d’alternatives. »
Malgré le fait que les tour-opérateurs « refont aujourd’hui en double tout le travail qu’ils avaient accompli pour concrétiser les dossiers », il voit aussi cette crise comme un moment pour prouver leur valeur ajoutée. « Tous ceux qui sont confrontés aujourd’hui à un dossier impacté comprendront pourquoi ils réservent chez nous. »
Silverjet se montre donc flexible lorsque les clients sont inquiets. « Nous avions un couple de septuagénaires qui avait réservé Musandam, à Oman, tout près du détroit d’Ormuz », raconte-t-il. « Si ces personnes ne veulent plus y aller, je le comprends. Nous ne forçons personne et nous les rebookons vers Gran Canaria, où ils peuvent voyager sereinement. »
Il veille toutefois à rester rationnel : « Si des gens veulent soudain annuler un voyage réservé à Aruba parce qu’il y a une guerre, nous ne suivons pas. Comme on dit en Flandre-Occidentale : pas de bêtises. » Concernant l’avenir proche, Silverjet constate un ralentissement des réservations vers le Moyen-Orient pour les vacances de Pâques. Les voyageurs se tournent davantage vers les Canaries, l’océan Indien et les Caraïbes, tandis que les clients adoptent pour l’instant une attitude attentiste pour l’automne et la période de Noël.
Odysseus : la demande pour les destinations se déplace rapidement
Chez Odysseus également, le ton reste sobre et Adriaan De Keuster refuse catégoriquement de participer à tout discours alarmiste. « Je n’envoie pas de messages disant que “cela nous touche fortement au Moyen-Orient”. Ce n’est pas la manière dont nous voulons communiquer », affirme-t-il clairement.
Pour lui, le rapatriement est un puzzle dans lequel il constate de grandes différences de flexibilité. « Le Sri Lanka s’est montré très flexible, les Maldives beaucoup moins. » Selon lui, chaque dossier nécessite à nouveau calcul et réflexion : « Nous examinons chaque cas individuellement. Est-il moins coûteux de rebooker via, par exemple, Turkish Airlines, ou annulons-nous et essayons-nous de créer de la goodwill auprès de l’hôtel ? »
Chez Odysseus aussi, la demande se déplace rapidement. « Le monde est devenu beaucoup plus petit », explique De Keuster. Il voit l’intérêt se déplacer massivement vers l’Europe et l’Afrique du Nord. « Des destinations comme le Maroc, Madère, les Açores et les Canaries commencent maintenant toutes à bien se réserver. Même le sud de l’Espagne, comme Malaga, est choisi beaucoup plus tôt dans la saison que d’habitude à cause de la situation. »
WorldExperts : aguerri par les crises précédentes
Pour Maurits Bouwman de WorldExperts, un conflit dans cette région n’est pas une surprise totale, compte tenu des tensions géopolitiques et religieuses latentes. Il évoque les tensions profondément ancrées dans la région, notamment entre le monde arabe sunnite et le régime chiite en Iran. « Je suis allé très souvent en Iran et j’ai toujours pensé que ce jour arriverait. »
WorldExperts échappe pour l’instant en grande partie aux conséquences, même si Bouwman surveille de près la situation en Irak en raison d’un voyage de groupe complet dans le pays – également touché par des attaques iraniennes – qui doit partir le 1er avril. « Quand nous proposons un circuit comme en Irak, nous en tenons déjà compte dans nos marges. » Toutefois, lorsque ce type de circuits se déroule sans revers, ce sont de véritables « cashmakers ».
Quant à savoir si le voyage pourra avoir lieu, Bouwman estime les chances « fiftyfifty ». « Nous restons très attentifs à l’évolution de l’espace aérien. Nous ne prenons aucun risque inutile », explique-t-il. « Heureusement, nous n’avons pour l’instant pas reçu beaucoup d’appels de voyageurs à ce sujet », ajoute Bouwman.
Si un tour-opérateur comme WorldExperts ne se laisse pas facilement déstabiliser, Bouwman l’attribue aux dernières années. « La Russie, l’Ukraine, la pandémie… nous avons déjà eu notre part et nous savons comment nous réinventer », conclut-il avec assurance.

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